Couverture sémantique : ce qui se mesure sur une page, et ce qui s’apprécie
La frontière la plus utile du sujet passe entre ce qu’on peut compter sur une page et ce qu’on ne peut que juger. Les deux servent la même décision, et les mélanger dans une note unique détruit les deux.
L’équipe NessFlow (Ingénierie produit, NessFlow) · · 6 min de lecture
Écran réel du produit, rendu sur un jeu de démonstration fictif : les chiffres affichés ne sont ceux d’aucun client.
« Est-ce que cette page est bien optimisée ? » La question revient à chaque relecture et elle n’a pas de réponse, parce qu’elle mélange deux choses de natures différentes : ce qu’on peut compter sur une page, et ce qu’on ne peut que juger.
Séparer les deux est le geste qui rend le sujet exploitable. Cet article décrit la frontière, puis ce qu’on fait de chaque côté.
Ce qui se compte
Ces constats sont déterministes : deux personnes qui les relèvent obtiennent le même résultat, et une machine les rejoue à l’identique.
- La présence d’un auteur identifiable. Un nom, une page qui le décrit. C’est vrai ou faux.
- Les données structurées. Présentes ou absentes, valides ou non.
- Les sources extérieures citées. Elles se comptent, et leur nombre se compare d’une page à l’autre.
- Le volume de texte. Un nombre, à lire avec prudence : il ne dit rien de la qualité, mais un texte trop court ne peut pas traiter un sujet.
- La connexion et les balises de partage. Techniques, binaires.
- Les occurrences d’un terme. Combien de fois la page emploie un mot donné : comptable, même si le seuil « souhaitable » relève de la section suivante.
Deux règles rendent ces comptes utilisables.
La première : une part voyage toujours avec son dénominateur. « 40 % de vos pages n’ont pas d’auteur » ne veut rien dire si l’on ignore combien de pages ont été examinées. Sur douze pages, c’est cinq pages à corriger dans l’après-midi ; sur douze mille, c’est un chantier.
La seconde : une absence de mesure n’est pas un zéro. Une page que l’exploration n’a pas atteinte n’a pas « zéro donnée structurée » : elle n’a pas été examinée. Confondre les deux fait chuter un indicateur sur une panne de collecte.
Ce qui s’apprécie
De l’autre côté de la frontière, tout ce qui demande un jugement.
- L’intention servie. Une page peut être clairement écrite et répondre à une autre question que celle de la requête visée. Détecter cet écart est un jugement, appuyé sur le texte.
- La qualité d’un titre. On peut vérifier sa longueur, la présence du mot-clé. On ne peut pas mesurer s’il donne envie de cliquer.
- Ce qui manque au sujet. La liste des sous-thèmes absents dépend de ce que le sujet appelle, donc d’une connaissance du domaine.
- La lisibilité. Les formules classiques comptent des syllabes et des mots. Elles approchent quelque chose ; elles ne le mesurent pas.
Un modèle de langage est bon à ce travail, à une condition : que sa sortie soit structurée et présentée pour ce qu’elle est. Une liste de sous-thèmes manquants, une reformulation de titre, un écart d’intention expliqué en trois phrases : ce sont des propositions comparables d’une page à l’autre, discutables, et rattachées au texte réel de la page.
Ce n’est pas une mesure, et il n’y a aucun inconvénient à le dire. L’inconvénient apparaît quand on l’oublie.
Pourquoi une note composite ment
La tentation est universelle : additionner les deux colonnes et afficher une note sur cent. Trois raisons de ne pas le faire.
Elle n’est pas reproductible. Relancez l’analyse d’une page inchangée : la partie « jugement » bouge de quelques points. Une note qui varie sans que la page ait changé n’est pas un instrument.
Elle efface la nature des constats. « 62 sur 100 » ne dit pas si le problème est un auteur manquant, corrigeable en dix minutes, ou une intention à côté, qui demande une réécriture complète.
Elle se conteste comme une opinion et se lit comme une mesure. C’est le pire des deux mondes, surtout dans un rapport remis à un client.
Notre position : une note peut servir à prioriser cent pages, à condition d’être présentée comme l’appréciation qu’elle est, et de ne jamais être additionnée à des comptes déterministes. Les comptes, eux, se citent dans un rapport, avec leur dénominateur.
Le constat qu’aucune lecture de page ne donne
Il existe un défaut que ni le comptage ni le jugement ne trouvent en lisant une page : deux de vos pages visent la même requête.
Pour le voir, il faut le corpus, c’est-à-dire l’ensemble des pages du site et leur contenu réel. Le symptôme est reconnaissable : la requête rapporte des impressions, aucune des deux pages ne s’installe, et l’URL qui remonte change d’un mois sur l’autre.
Trois issues, dans l’ordre de préférence :
- Fusionner, et rediriger la page absorbée. Le meilleur choix quand les deux pages disent la même chose moins bien.
- Différencier l’intention. L’une traite le sujet de front, l’autre un cas particulier, et elles se citent l’une l’autre.
- Désindexer la plus faible. Le dernier recours, celui qui perd le contenu sans le récupérer ailleurs.
Regrouper par le sens, et vérifier auprès du moteur
Quand un plan de contenu porte des centaines de requêtes, les regrouper à la main est illusoire. Les regrouper par proximité de sens, calculée sur des vecteurs, marche bien et se trompe sur les cas limites : deux requêtes proches en mots peuvent viser des intentions opposées.
D’où un contre-pouvoir simple, et le meilleur qui existe : les pages de résultats. Deux requêtes dont les résultats servent largement les mêmes domaines visent la même intention, de l’avis du moteur lui-même. Un recoupement de quelques domaines dans les premiers résultats est le repère usuel.
Deux précautions, qui se paient au premier oubli :
- le contrôle RAPPORTE, il ne redécoupe pas. Seules les requêtes réellement suivies ont un relevé : laisser la page de résultats arbitrer le découpage ferait dépendre la forme de votre plan de contenu de la question « cette requête se trouve-t-elle être suivie ? », qui n’a aucun rapport avec son sens ;
- le compte voyage avec son dénominateur : « trois membres comparables sur cinq, dont trois confirmés » est une information ; « confirmé » tout seul n’en est pas une.
La méthode, en cinq étapes
- Comptez d’abord. Les constats déterministes sont gratuits, rejouables, et corrigent souvent une part surprenante du problème.
- Cherchez les doublons d’intention avant de réécrire quoi que ce soit : réécrire une page cannibalisée revient à améliorer les deux côtés d’un conflit.
- Demandez un jugement structuré sur les pages qui comptent, page par page, contre une requête explicite.
- Traitez la structure avant le fond. Titre, H1, méta-description et sous-titres se corrigent en une heure et changent la façon dont la page est comprise.
- Rejouez les comptes après correction. C’est la seule partie qui prouve quelque chose, et c’est celle que personne ne refait.
Rien dans cette liste ne remplace la décision d’écrire. Un outil dit ce qu’une page couvre, ce qui lui manque au regard d’un sujet, et lesquelles de vos pages se marchent dessus. Ce qu’on en fait reste un travail d’éditeur.